Interview d’Anne-Céline Blouin, meneuse à mobilité réduite

Anne-Céline Blouin, 37 ans, meneuse à mobilité réduite, raconte son expérience en attelage.

« Je suis handicapée de naissance. Mon handicap s’appelle IMC (Infirmité Motrice Cérébrale). J’ai des problèmes d’équilibre à la marche et des problèmes de spatialisation c’est-à-dire des problèmes de repère dans l’espace, de coordination de mouvements et aussi et une lenteur à l’apprentissage. »

« J’ai remporté 4 titres de championne de France Handisport grade II »

« A la base je suis cavalière de dressage, et j’ai remporté 4 titres de championne de France Handisport grade II dans ma jeunesse et je suis passionnée des chevaux depuis toute petite. J’ai fait une formation de brevet d’animateur poney sur Rennes avec Mme Suzanne Mauguin. Pendant cette formation j’ai eu la chance de pouvoir atteler quand c’était possible. Ça m’a permis de galoper avec les chevaux en étant en équilibre, sans les gêner. Mais surtout ce qui me plait c’est l’autonomie que je peux avoir dans la pratique de l’attelage. »

« J’ai pu me prouver et prouver aux autres mes capacités. »

Les bénéfices de pratiquer un tel sport sont énormes. En premier lieu, c’est le relationnel. J’ai pu rencontrer des gens formidables dans le milieu du cheval, me prouver et prouver aux autres mes capacités. En tant que personne handicapée, quand je monte un cheval je me retrouve vite limitée, mais avec l’attelage c’est différent. Bertrand, mon coach de l’IFCE en Bretagne est une personne fabuleuse, il m’entraine sans jamais regarder mon incapacité, il me pousse à développer mes possibilités. Ce n’est pas quelqu’un qui vous dit « vous êtes handicapée », il vous dit « vous êtes capable de… », « Montrez-moi ce que vous êtes capable de faire, et le moment où vous êtes capable de faire ça, vous êtes capable de faire encore mieux », et rares sont les personnes qui le font.

         « Ça m’aide dans ma vie quotidienne. »

Les pays étrangers développent le para-driving à petit niveau et à haut niveau. En France, c’est moins structuré, mais ce que fait l’IFCE est fabuleux. Ça ouvre des portes à des personnes handicapées qui ne pouvaient pas tenir à cheval donc ça ouvre aussi des liens sociaux et c’est très important. C’est aussi un coté rééducatif, car je dois retenir une maniabilité, y conjuguer des actions, plus un travail régulier sur le cheval. Ça permet à mon cerveau de faire des connexions différentes et ça m’aide dans ma vie quotidienne.

« Ca permet de retrouver une place dans la société. »

Et je pense que l’attelage est un des rares sports que l’on peut pratiquer à n’importe quel âge, même avec une situation physique dégradée. On peut aller très loin, se faire plaisir autant en loisir qu’en compétition. L’action menée par l’IFCE est fabuleuse, car elle permet aussi de retrouver une place dans la société. Je me rappelle du jour où on a fait avec Bertrand une démonstration. On a rencontré un enfant de 8 ans avec une maladie qui détruit les muscles progressivement. Il était en fauteuil électrique avec des bouteilles pour pouvoir respirer. Bien que ça peut paraitre impossible, il a pu avec le matériel adapté de l’IFCE, en 10 minutes, faire du pas et du trot en double guide avec Tango, un ancien étalon breton du Haras national de 860 kilos. Cet enfant était très fier, et sa mère et sa sœur étaient remplies d’émotions. Ça prouve qu’on peut avoir tant de bons moments grâce à l’attelage.

L’IFCE donne la chance de pratiquer ce sport et de le développer en France. Je les remercie de me transmettre ce savoir. »