Entrainer dans la discipline de l’attelage : compétences, formations, compétitions

Qu’est ce qu’un entraîneur en attelage ?

En 20 ans, le nombre d’épreuves et d’engagements en compétitions niveau amateur en attelage a plus que doublé. En 2019, 793 épreuves* se sont tenues en France. A l’inverse le montant des gains par épreuve à très fortement diminués depuis le début des années 2000*. L’attelage est un sport de loisirs qui s’est démocratisé depuis une vingtaine d’année. Mais ce public amateur nécessite un encadrement adapté avec des professionnels formés sur le volet pédagogique et technique. Il était donc indispensable de développer la formation d’entraîneurs spécialisés en attelage.

*sources : FFE

 

Du BPJEPS au DEJEPS, une réforme en réponse aux besoins du terrain

Le décret du 27 avril 2016 amène la disparition effective en 2018 du Brevet professionnel de la jeunesse, éducation populaire et sports (BPJEPS) spécialité « Activités Équestres » décliné en cinq mentions dont la mention attelage. Ce brevet est remplacé par un BPJEPS spécialité « éducateur sportif » mention activités équestres.

La filière équine se retrouve alors sans aucune formation diplômante spécifique à l’encadrement de l’attelage en compétition.

Rénovation du DEJEPS et mise en place des supports

Le diplôme d’état de la jeunesse, éducation populaire et sports (DEJEPS) rénové entre en vigueur le 1er février 2019. Ce diplôme de niveau 5 comporte la spécialité « Perfectionnement sportif » mention « sports équestres ». Il s’applique à un support au choix parmi 13 disciplines au total dont l’attelage. Cette formation vient ainsi répondre à un besoin d’encadrement des nombreux meneurs compétiteurs amateurs.

Une mise en place portée par l’IFCE

L’IFCE a pour mission d’accompagner la professionnalisation des acteurs de la filière, et s’est donc positionner sur le développement de la formation DEJEPS perfectionnement sportif mention sports équestres support attelage pour permettre aux enseignants et compétiteurs de développer leurs compétences pédagogiques.

Cette formation est aujourd’hui mise en œuvre sur les sites du Haras national du Pin et du Haras national d’Uzès.

Ce diplôme doit permettre également aux centres équestres situés dans un secteur très concurrentiel de développer de nouveaux produits dans le secteur sport et loisirs équestres, d’accéder à de nouveaux pratiquants et ainsi de diversifier leurs activités.

En savoir plus sur la formation DEJEPS perfectionnement sportif

 

Pour présenter le métier, expliquer les contraintes et les besoins de la filière dans ce domaine nous avons donc fait appel à plusieurs experts, dont les années d’expériences sur les terrains de concours donnent un large éventail des savoir-faire et savoir-être de l’entraîneur !

Un accompagnement technique et mental avec de nouveaux outils : « Le métier d’entraîneur par un entraîneur »

Quel est pour vous le métier d’entraineur ?

RB : L’entraîneur doit pouvoir répondre aux besoins du sportif sur plusieurs volets : planification de l’entraînement, suivi technique, gestion de l’état physique et mental.

FM : L’entraineur se doit d’avoir une bonne connaissance de l’entraîné mais aussi de la cavalerie et des objectifs de l’entraîné. Grâce à cela, il va pouvoir établir une planification.

La bonne connaissance de l’entraîné nous permet de mieux appréhender les différentes dimensions : technique, tactique, mentale, etc… du meneur, du ou des équipiers, et du ou des chevaux.

 

Comment accompagnez la performance des meneurs ?

FM : Il est important de commencer par une programmation des sorties en compétition. On arrive aujourd’hui à cibler des concours avec des épreuves qui vont du niveau club à l’amateur élite. Quand on a des équipes dans tous les niveaux sur un concours et sur l’année, en tant qu’entraîneur c’est un travail de titans d’organiser tout cela et de bien cibler les compétitions en fonction des objectifs de chacun.

 

Les compétiteurs sont des meneurs à la recherche d’une progression constante. Tout le travail de construction de l’entraînement, avec les apports techniques et les transferts d’apprentissage mis en place leur donne envie d’évoluer. La notion de progression est importante.

Dès qu’ils commencent à passer des galops, les meneurs entrent dans un système de compétition. Ils ont alors envie d’acquérir des compétences et cherchent une progression régulière. Le fait de passer des galops donne une confirmation de validation d’acquis.

On peut faire le parallèle avec la pratique du ski ou du judo. Quand on revient des sports d’hiver, on est particulièrement fier de pouvoir montrer qu’on a obtenu une étoile ou une ceinture, c’est pareil avec les galops d’attelage.

 

 Quelles sont les compétences spécifiques d’un l’entraîneur, sur le volet mental et physique ?

L’entraîneur doit pouvoir se remettre en question. Par exemple, nous en tant que compétiteurs et entraîneurs, on peut se renouveler et confronter nos différents points de vue, lors des stages fédéraux. Cela nous permet de faire évoluer notre encadrement par la suite.

L’entraîneur doit être capable de s’adapter au caractère de chacun.

RB : Tu dois être honnête avec toi-même et avec tes élèves.  L’équipe doit comprendre que l’entraîneur n’est pas magicien.

FM : Quand on a un jeune public, il faut poser un cadre avec les enfants comme les parents, un cadre de la réussite. L’entraîneur n’est pas un parent de substitution et il n’a pas une baguette magique pour faire de l’enfant le meilleur meneur, car c’est souvent l’attente des parents quand ils sont équipiers. C’est assez complexe quand tu as à faire à un jeune avec son père ou sa mère comme équipiers. Mais les relations avec les parents c’est aussi le travail de l’entraîneur.  Il faut que ce soit un deal.

 

Comment ne pas « s’endormir sur ses lauriers » et évoluer en tant qu’entraîneur ?  

En tant qu’entraîneurs, formateurs et compétiteurs, nous suivons un plan de formation continue, ce qui nous permet d’évoluer en permanence.

Nous avons suivi par exemple tout un module sur les préférences motrices humaines. Avec cette méthode action types, nous pouvons comprendre les différents profils moteurs et adapter notre pédagogie pour utiliser ses préférences comme une force.

RB : Ces formations (action types et le certificat de compétences spécifiques transfert d’apprentissage) m’ont permis d’en apprendre plus sur moi-même. Je m’en sers sur moi, mais aussi au sein de mes formations.

 

  •  Interview de Stephane Meyson, responsable des Ecuries Saint Ferreol à Monteux (84), entraîneur, et président de la commission attelage du CRE PACA.

Comment fonctionne votre structure autour de cette activité ?

J’ai plusieurs élèves que je suis toute l’année avec un objectif : l’open generali en juillet à Lamotte Beuvron. Tous mes élèves sortent en compétition club. Il y a un vrai cap entre le niveau club et le niveau amateur qui est très difficile à passer. Ils ne sont pas prêts pour le niveau amateur mais se font plaisir en club. Nous préparons la saison et les compétitions s’enchainent de mars à juillet. Ensuite la période est creuse après Lamotte. Il manque un circuit adapté qui permettrait aux élèves d’avoir un objectif de travail en continu de septembre à juillet. Mais nous y réfléchissons.

Quel est pour vous le métier d’entraîneur ?

C’est un choix personnel pour les meneurs loisirs / amateurs d’être coacher. De nombreux propriétaires ont leurs chevaux chez eux.

Ils n’ont pas forcément les moyens et la structure pour travailler leurs chevaux chez eux. Ils viennent donc chercher chez moi les infrastructures et le regard du coach qui capitalise plus de trente années d’expériences en compétition. Les élèves viennent travailler régulièrement et je les suis en compétition.

Ce métier demande de l’expérience, on ne peut s’improviser entraineur du jour au lendemain. Les formations et les stages fédéraux l’hiver donnent aux entraineurs et futurs entraineurs les outils pour répondre aux besoins des meneurs de tous les niveaux.

 

 

  • Interview de Sébastien VINCENT(réalisée par Marielle Zanchi lors du Printemps de l’attelage), entraîneur adjoint de Felix Brasseur pour les meneurs poneys.

Quel est pour vous le métier d’entraineur et comment fonctionne votre structure autour de cette activité ?

Le métier d’entraineur, c’est de préparer les élèves à la compétition, et être capable de les mettre dans les meilleures conditions possibles pour les conduire à la réussite. Cela nous engage à être des entraineurs réguliers dans notre enseignement. On doit se permettre de les suivre, pas quotidiennement mais très souvent pour essayer d’établir un protocole de travail sur les pilotes et sur les chevaux.

Je suis installé entre Compiègne et Beauvais, à Sacy-le-Grand exactement. Ma structure, les attelages de Sacy, fonctionne très simplement sur une base d’une quinzaine de chevaux d’enseignement. On a 180 licenciés en attelage qui viennent régulièrement. Mon statut d’entraîneur adjoint à l’équipe de France avec Félix Brasseur me permet de pouvoir suivre des élèves différents, de tous niveaux. Cela me permet d’entrainer à partir du niveau Club, en passant par Elite et jusqu’ aux meilleurs meneurs français, donc on a un engagement auprès de la fédération mais aussi en tant qu’entraîneur privé.

Quel est le rôle de l’entraîneur sur le volet mental et physique ?

Chaque personne est différente et donc elle demande une préparation physique et mentale en conséquence. On parle beaucoup du mental chez les meneurs, mais il y a aussi le physique, énormément. Aujourd’hui, il faut démocratiser la préparation mentale. Si cet aspect n’était pas dans les mœurs avant, aujourd’hui il y a une prise de conscience. L’entraîneur doit travailler avec des préparateurs. On parle de respiration en épreuve, de la réflexion, pourquoi on est là, pourquoi on fait ça… Les jeunes ont besoin, et même nous à haut niveau, d’avoir une préparation pour cela. En tant qu’entraîneur, j’essaye de ne pas tout mélanger. J’essaye d’avoir un rapport plus que privé, c’est-à-dire essayer de sentir si, dans la vie de tous les jours, mon élève fonctionne correctement, s’il a une situation scolaire et familiale correcte, tout en restant à ma place d’entraîneur. C’est, je pense, important pour la performance de mon élève qu’il soit bien, que l’environnement sportif soit sain.

Concrètement, comment vous motivez vos meneurs avant l’entrée en piste ?

Chaque personne est différente. On a les guerriers que l’on essaye toujours de relaxer, de rassurer, de mettre dans des conditions où le mental reste en place. On essaye que la compétition ne passe pas au-dessus de la concentration. C’est bête à dire, mais parfois, on est trop concentré et on en perd nos moyens. Il faut être capable d’arriver à la gérer. D’autres sont, au contraire, jamais sûr d’eux et donc sont un peu froids, manque de réactivité, et qu’il faut donc bouger un peu plus. Souvent, je leur dis qu’ils sont les meilleurs avant de rentrer en piste, qu’il ne faut jamais qu’ils oublient ça, qu’ils sont là pour faire du sport. On a toujours peur du regard des gens, c’est le problème de la compétition, toujours peur de ce que vont penser les gens, s’ils seront fiers de nous. Tout cela, on ne doit pas se mitrailler de ces mauvaises ondes mais travailler avec des ondes positives. Quand on rentre en piste, on est là pour gagner, faire la meilleure performance possible. Selon les niveaux, on est là pour faire propre et faire avancer le travail, que ça soit constructif dans l’avenir. Je pense que, plus on est fin sur ce type de préparation, plus l’élève évolue dans une bonne situation, une bonne préparation, ça donne bien.

Pour vous, quelles sont les clés de la performance ?

Avoir les clés de la réussite en compétition, c’est quelque chose que l’on cherche toute l’année justement pour obtenir la meilleure des performances. Mais pour parler simplement : la régularité du travail, avant la compétition déjà. La base régulière du travail, aussi bien poney que cheval, est pour moi essentielle. On gagne une compétition sur la base d’une vraie préparation, c’est sûr. Ensuite, la compétition, quand elle se déroule en démarrant déjà par un bon training avant le dressage, avec des vrais points, des vrais objectifs, permet de mettre les élèves à l’aise. On établit des heures de préparation en amont, sur ce qu’il faut faire avant, je les amène jusqu’à la levée, on démarre à 8h, on prend le temps de discuter, la reconnaissance des obstacles, et puis on démarre la préparation des poneys à tel heure, on s’habille à telle heure… Tout cela met du confort, et on a besoin de les professionnaliser au maximum pour qu’ils soient performants. Ce n’est pas parce qu’on est prêt avec le poney qu’on est forcément prêt à gagner dans la tête. Il faut vraiment arriver à les mettre dans les meilleures conditions possibles. L’épreuve du marathon, c’est une épreuve qui se reconnait mainte et mainte fois. Il faut être capable en tant qu’entraineur à passer du temps avec les élèves. On fait des reconnaissances collectives mais aussi individuelles selon le niveau des élèves. On a besoin de passer du temps avec eux car c’est une épreuve difficile, avec un rapport de vitesse. On a la chance de pouvoir y passer du temps, comme à Uzès où tout était bien préparé. On a eu une reconnaissance de marathon plutôt très tôt par rapport à d’habitude. Dès le mercredi, on a pu aller dans les obstacles, et ça pour nous c’est un plaisir car on a pu passer du temps à discuter des options, des courbes, et travailler sur le cheval qu’on va mettre en place pour l’épreuve. Tout cela, c’est du confort.

Pour la maniabilité, c’est la même chose. C’est un enchainement de courbes. On essaye de mettre les élèves dans un maximum de situation à la maison, des combinaisons qui en compétition restent toujours plus ou moins les mêmes, les serpentines, les vagues, les zig-zag qui sont des combinaisons que l’on a toute l’année. On peut donc s’entraîner toute l’année. Après, c’est le chef de piste qui fait sa piste, mais les élèves sont quand même préparés à réussir plus simplement sur ce test qu’un marathon.

  • Interview de Carène, en formation DEJEPS perfectionnement sportif, mention sports équestres, support attelage à l’IFCE – Haras national d’Uzès

Quel est pour vous le métier d’entraineur, votre vision sur ce métier ?

Pour moi c’est un métier à la fois d’enseignement et d’accompagnement dans la performance. Quel que soit le niveau de départ, on peut toujours avoir un objectif de compétition, que ce soit en club ou amateur voire plus. Je trouve que le métier d’entraineur doit être élargi à tous ces niveaux-là et pas juste au haut niveau.

Au Printemps de l’attelage, j’étais présente à double titre, à la fois en tant que compétitrice et également en tant que coach, entraineur-élève en formation. A ce titre, j’avais des élèves présents et que j’ai coaché tout au long de leur compétition. Cela allait d’une aide technique, simplement à l’installation, les papiers, la reconnaissance, d’une aide avec leurs chevaux, leur travail et l’accompagnement, et également au cours de la compétition avec des débriefings. C’est presque 24h/24.

 

Quel est votre projet après la formation ?

J’ai un projet d’ouverture d’une petite école d’attelage avec les poneys de mon élevage, et également pouvoir faire des cours à l’extérieur si j’en ai la demande.

Je m’orienterai plus vers une clientèle jeune et familiale, avec le souhait de développer l’attelage poneys en compétition. J’élève des poneys Haflinger et Welsh, mais je suis ouverte à toute race de poney. J’ai voulu passer, il y a 10 ans, un diplôme d’enseignement dans le domaine de l’attelage mais j’ai loupé l’occasion du BPJEPS attelage pour des raisons personnelles et professionnelles. J’allais m’orienter vers le BPJEPS équitation par dépit. Le DEJEPS attelage est arrivé au bon moment pour moi et correspond davantage à mon souhait de formateur.