Eden des Muzes*IFCE et Didier Dhennin, au départ du Mondial du Lion 2020

Didier Dhennin sera présent au Mondial du Lion 2020, le Championnat du monde des jeunes chevaux de concours complet. L’écuyer du Cadre noir y montera Eden des Muzes*IFCE, une jument de six ans, avec toujours cette envie de gagner qui anime le compétiteur. Il nous raconte son parcours, celui de la jument, et son sentiment à l’approche de l’évenement.

 

eden des muzes

Eden des Muzes*IFCE à l’entraînement (c) Alain Laurioux

« Comment est arrivée Eden des Muzes à l’IFCE ?

– La jument a été acquise dans le cadre de la commission d’achat de l’IFCE. Elle est donc arrivée ici à l’âge de 3 ans. C’est une jument qui est très grande et qui a beaucoup de masse. La question qui se posait alors pour la discipline du concours complet était de garder son intégrité physique sur des gros niveaux. Eden a depuis vraiment progressé dans son physique. Aujourd’hui, ce n’est physiquement plus la même.

 

– Quel parcours as-tu eu avec Eden pour l’amener à ce niveau ?

– Eden a été débourrée et débutée en compétition par mes soins. Avec son gabarit, je ne faisais pas trop le malin dessus, même si elle est très gentille ! Elle a tourné en cycle classique concours complet à 4 ans en 2018. Elle sera 3e du Championnat cycle classique 4 ans CCE à Pompadour. Cette année-là, c’est Eglantine  du Pouler, qui évolue maintenant sous la selle de Thomas Bouquet, qui gagne les 4 ans. A 5 ans, Eden a tourné en complet et a également fait les classiques en hunter. Elle est à nouveau classée au Championnat cycle classique CCE 5 ans à Pompadour.

 

– Pourquoi l’avoir mené sur deux disciplines différentes ?

– Je suis en charge de la section jeunes chevaux pour la 2e année de formation initiale, et donc des jeunes chevaux qui sont confiés aux élèves. Le cursus comprend des sorties en compétition. J’ai eu l’idée de mettre mes chevaux sur le même circuit, et d’y aller donc en tant que coach et cavalier. J’ai donc mis les deux chevaux de mon piquet sur le circuit hunter, qui est plutôt formateur. Eden a d’ailleurs été qualifiée en 2019 pour la finale nationale en hunter (5e du Championnat Style JC 5 ans à Fontainebleau). C’est une discipline pour laquelle j’ai beaucoup d’affinité. Je trouve que c’est une bonne école pour les jeunes chevaux, pour nous en complet, et pour les élèves aussi. Courir ces deux disciplines en parallèle les fait sortir un peu plus à l’extérieur en ne prenant pas plus sur leur physique.

 

– La saison 2020 a été particulière. Comment s’est-elle déroulée pour la jument et toi ?

– Je ne l’ai pas beaucoup sorti en compétition. J’ai dû la sortir trois fois sur la première partie de la saison. Sur la deuxième partie, j’ai demandé à Matthieu Vanlandeghem s’il pouvait s’en occuper et la monter à Vernoil, car j’étais absent à ce moment et le concours était en vue. Cela a permis d’éviter que je ne reprenne trop vite la jument à à peine une semaine du concours. Matthieu l’a classée 4e de l’épreuve. Cette année, elle n’a pas fait une sortie sans classement.

 

– Le Mondial, cette saison, tu y pensais ?

– On en plaisantait avec ma soigneuse. Mais je suis compétiteur, et ces épreuves restent toujours dans un coin de ma tête. J’ai fait du haut niveau pendant longtemps, j’ai eu des gros piquets de chevaux. Même si maintenant je m’en détache de plus en plus de par mon âge et d’autres fonctions (notamment chef de piste). Quand on est compétiteur, on le reste. Sur une compétition, dans ma tête, je pars pour gagner, même si le cheval a été amené pour de la formation ou qu’il n’est pas assez prêt pour performer. Quelque part, je me disais au fond de ma tête que ce serait super de refaire le Mondial, mais ils n’en prennent que trois dans les 6 ans.
En allant à Pompadour, l’idée était un peu plus présente. J’y allais pour éventuellement viser le Lion après. Avec Thomas Carlile qui ne monte finalement que ses 7 ans, bonne pioche pour nous !

 

– Pour un cavalier de haut niveau, comment perçois-tu ce nouveau Mondial dans ta carrière ?

– D’après ce que les gens disent, j’ai une carrière sportive assez fournie. Je relativise par rapport à cela, mais ce serait un bon point final. J’ai gagné le Mondial en 2002 avec Ismène du Temple. Arrêter la compétition de « haut niveau » en gardant un ou deux chevaux comme ceux-là avec des objectifs importants, et en gagnant au Lion, ce ne serait pas donné à beaucoup de cavalier de pouvoir le faire. Même si je ne gagne pas, j’aurais quand même fait le Mondial en espérant faire le mieux possible, et ce ne sera dans tous les cas que du bonus.

 

– Que t’a apporté le haut niveau en tant que formateur ?

– Pour ma carrière, c’est important, notamment en tant qu’enseignant et chef de piste. Je me dis qu’à mon âge, si j’en suis là et que je suis encore capable d’amener un 6 ans au Lion, je pense être assez juste dans ce que je fais et ce que je transmets à mes élèves. Cela me rassure dans mes idées et mes convictions sur le travail des chevaux et celui des élèves.

Je suis quelqu’un de plutôt pratique et instinctif, avec une équitation au départ autodidacte et qui reste assez instinctive. J’écoute beaucoup les chevaux, j’ai appris à le faire, et j’essaye aujourd’hui d’inculquer cela à mes élèves. Je ne trouve pas toujours les mots pour expliquer les choses, mais ce que j’essaye de faire ressentir aux élèves me semble juste. Quand on est capable de faire les choses, les transmettre derrière aux élèves, c’est pour moi plus facile. Je trouve cela plus rassurant d’avoir la jonction entre compétiteur et entraîneur.

 

Didier Dhennin et Ismène du Temple (c) Alain Laurioux

– Dans ta carrière sportive, quel événement t’a le plus marqué ?

– Je peux citer deux choses. La première, c’est l’année où j’ai gagné la finale des 4, 5 et 6 ans en 2004. Pour l’anecdote, j’ai discuté avec Thomas Carlile, qui a récemment réussi la même chose. Il m’a raconté que cela l’avait marqué et qu’il était justement dans les tribunes en 2004. C’est le genre de truc qui te marque aussi.
La deuxième, c’est l’annonce de la sélection pour les Jeux olympiques de Pékin en 2008 (Hong Kong pour l’équitation. Il sera 6e).

Après, ce sont les rencontres, tant avec les chevaux qu’avec des propriétaires, des choses qui sont très belles. Au niveau professionnel, je n’ai que du positif. Je n’ai pas un jour depuis que j’ai commencé à travailler chez mes parents où je me suis demandé ce que j’allais faire le lendemain. J’ai un suivi et un prolongement de carrière qui est pour moi hors norme. Je souhaite à beaucoup de gens d’avoir une carrière professionnelle aussi remplie et pleine de joie. Je vis pour cela et mon métier, et je l’adore.

Tout ce que j’ai fait et la plupart des grosses échéances, je l’ai fait avec des chevaux privés car l’établissement m’en donnait la possibilité. De terminer sur une épreuve comme celle-ci, d’en être capable et d’avoir la possibilité d’y amener un cheval de l’Etat, c’est top. Ce serait pour un moi un juste retour à mon employeur ».