Les odeurs et les chevaux

DIF Odeur cheval - InraDaniel Guillaume basé à l’Inra Centre Val de Loire, site de Nouzilly travaille actuellement sur le projet de recherche Phérocheval. Le projet étudie le rôle des odeurs chez les chevaux afin de faciliter la reproduction des équidés.

Chez les chevaux le rôle des contacts sociaux entre mâles et femelles sur la reproduction a été très peu étudié jusqu’à présent contrairement aux autres espèces, rongeurs de laboratoire ou ruminants. Chez ces espèces, les odeurs sont les principaux messagers entre les deux sexes.
L’objectif du projet Phérocheval est d’utiliser les odeurs émises par les étalons et les juments pour faciliter la reproduction des équidés, tout en réduisant les coûts associés, par exemple par  une réduction du temps de récolte des étalons en hiver, une détection simplifiée de l’oestrus et, à plus long terme, une éventuelle possibilité de déclenchement naturel de l’ovulation.
Ce projet est financé par le conseil scientifique de la filière équine.

 

Les premiers résultats
Les chevaux reconnaissent clairement l’odeur d’un congénère familier de celle d’un intrus. Le flehmen, comportement commun à tous les grands Mammifères herbivores, apparait, chez le cheval, dès le plus jeune âge mais ne persiste presque pas chez les hongres et les juments. Ce comportement semble améliorer l’accession des molécules odorantes dans l’organe voméronasal. Ce comportement de flehmen est associé au comportement sexuel de l’étalon. Nous avons pu montrer (voir JRE 2016) que les urines d’équidés induisaient systématiquement ce comportement chez l’étalon, mais que seule l’urine de jument en œstrus stimulait la libido de l’étalon en hiver et donc permettait de raccourcir le temps mis à la collecte des spermatozoïdes.

 

Les prochaines pistes de travail du programme
Le développement récent de la spectrométrie de masse permet de déterminer la nature des molécules volatiles à effet phéromonale, émises par le male ou la femelle ; mais ce n’est certainement pas une molécule particulière qui a un impact physiologique et/ou comportemental mais un bouquet complexe de molécules odorantes. L’idée est donc de dresser un chien pour détecter l’œstrus de la jument pour l’insémination artificielle.
Chez la jument, il semble que l’étalon pourrait avoir un effet inducteur, soit de la reprise de la cyclicité au cours de l’inactivité ovarienne saisonnière, soit de l’ovulation pendant la phase de cyclicité. La maitrise de l’ovulation indispensable à l’IA est actuellement obtenue par des traitements hormonaux, des progestatifs et/ou une hormone qui induit l’ovulation : l’hCG (human Chorio-Gonadotropine). Les progestatifs de synthèse se retrouvent ensuite dans la nature et constituent des perturbateurs endocriniens. L’hCG est extraite de l’urine de femme enceinte. Dans les deux cas ces traitements ne sont plus admissibles d’un point de vue sanitaire et sociétale, d’où l’enjeu de ce programme de trouver des solutions alternatives, via les odeurs.