Histoire de voiture hippomobile Tilbury

Auteur : Olivier Chassaing

Dès la fin du XIXème siècle, à l’inventaire de 1899, 7 voitures hippomobiles sont connues au dépôt d’étalons de Lamballe : 3 grands breaks, 2 squelettes, et 2 tilburys (ainsi qu’une pompe à incendie).

Aux 2 tilburys étaient attribués 2 harnais à collier, l’un en cuir fauve, l’autre en cuir noir, tous deux fabriqués par la maison Marquis à Paris.

Ces 2 voitures étaient attelées à un cheval (comme voiture de direction) ou en Tandem à des chevaux de sang (pur-sang de Corlay).

Suite à l’incendie des bureaux, dans la nuit du 1er avril 1900 (au-dessus de la 1ère remise à voiture), le rapport du directeur de l’époque à Monsieur le Ministre de l’agriculture M. Jean Dupuy déplore la perte du « vieux tilbury » et de la voiture personnelle de M. Le Sous-directeur, et des archives du siècle précédent.

Les deux tilburys ont donc disparu : l’un dans l’incendie, et la trace de l’autre a été perdue.

Ce n’est qu’en 1912, après les grands travaux d’agrandissement du dépôt initié en 1905, qu’apparaît l’actuel tilbury de Lamballe au milieu d’une quinzaine d’autres voitures, dans une des plus belles remises des haras.

L’inventaire, précise l’achat d’un tilbury au 24 décembre 1912 en provenance des ateliers Lelorieux et Cie à Paris, estampillé sous le N°7278.

L’année précédente (supposition faite grâce au N° d’inventaire), le dépôt de Saint-Lô fait un achat identique numéroté 7134.

Plus tardivement, le tilbury fût attelé, lors du célèbre carrousel de Lamballe, composé de 15 attelages, qui clôturait le CSO international, à des postiers bretons avec un harnais agrémenté de fin tapis de sellette et de mantelet, aux armes des Haras. Ce dernier a été fabriqué dans les années 1970 par Pierre Boulin – Haras nationaux. Ce harnais est aujourd’hui toujours présenté dans la sellerie d’honneur de Lamballe.

 

La maison Lelorieux, maison emblématique au service des Haras nationaux

L’entreprise a été fondée par Victor Lelorieux, installée sur les Champs Elysées dès 1844. Il obtient 2 médailles d’honneur à l’exposition universelle de Paris en 1855.

Entre 1861 et 1864, la raison sociale de la maison est Lelorieux et Fils- Avenue Montaigne.

Entre 1865 et 1875, les ateliers et le magasin Lelorieux Frères sont sur l’avenue de la Grande Armée, une succursale est établie à Lille à partir de 1871.

Lelorieux et Compagnie, avenue de Wagram, travaille jusqu’en 1914.

La maison parisienne Lelorieux est celle qui a fourni le plus grand nombre de véhicules aux Haras nationaux : 70 voitures hippomobiles sur 300 que compte la collection actuelle, cela lui confère le titre du « plus important fournisseur officiel de voitures hippomobiles ». Des roues isolées, signées aussi Lelorieux, prouvent que les produits de cette maison étaient plus nombreux encore dans les haras.

Sur les 33 voitures hippomobiles protégées au titre des monuments historiques, 7 sortent des ateliers Lelorieux : 3 squelettes, 2 omnibus, 1 grande wagonnette, et 1 charrette anglaise.

La maison Lelorieux est une maison prestigieuse, comme en témoigne la berline de Gala au décor exubérant aux panneaux de caisse en verres colorés exposée au Palais Topkapi à Istambul. Voiture réalisée par Victor Lelorieux pour le sultan Abdulaziz en 1862.

 

Particularités du véhicule

Les Haras nationaux possèdent au total 7 tilburys, contrairement au nombre de 8 dénombré lors de l’inventaire réalisé en 2009. Le 8ème « tilbury » étant en réalité le « gig » du Haras national de Blois.

D’origine anglaise, le tilbury a été inventé en 1820 par un carrossier Londonien du même nom. Utilisée à la ville ou à la campagne pour de courts déplacements, cette voiture est attelée à un grand cheval. Son utilisation la classe dans la catégorie des voitures dites de maîtres.

Haute voiture à 2 roues, découverte, la caisse se compose d’un seul siège pour les 2 personnes. Ce dernier est en forme de rotonde ornée de fins balustres en bois tourné (l’œil averti remarquera 1 balustre en métal, dans chacune des parties les plus arrondies, pour assurer la solidité de cette élégante rotonde).

La voiture est montée sur une suspension Dennett (deux ressorts d’essieu, et un ressort transversal) ou sur quatre ressorts droits agencés en carré.

La grande particularité de ce véhicule est d’avoir des brancards très cintrés faisant le tour de la caisse et composés d’une seule et même pièce. Le tout relié à cette dernière par une traverse arrière et une à l’avant. Une telle construction stabilise la voiture lors de mouvements inopinés du cheval. De plus, ainsi fait, ils procurent confort et aisance au cheval et à son meneur. Le tilbury est un véhicule des plus confortables pour l’époque, et il assure une grande liberté de mouvement, donnant du chic au cheval.

Le tilbury Lamballais, comme celui de Saint-Lô ou de La Roche-sur-Yon, sont des constructions adaptées aux services des Haras nationaux, les plaçant dans la catégorie des voitures règlementaires. Traditionnellement utilisée lors de la présentation d’étalons, cette voiture était attelée en tandem avec des chevaux de même race, le plus léger en volée.

Fait remarquable de cette adaptation au service des Haras, il est à noter sur l’arrière de la caisse 2 poignées et 1 marche pied (au-dessus de la béquille) dédié à l’agent qui assiste le meneur en cas de difficulté ou pour tenir le cheval de volée pendant l’arrêt.

En 1995, sous l’impulsion de M. Arnaud (directeur), Antoine Toulalan (sous-directeur) prend en charge la restauration d’un des 2 grands breaks de Lamballe.

Monsieur André répondra à l’appel d’offre pour la carrosserie et le charronnage. La sellerie sera exécutée par le sellier des haras nouvellement nommé.

Après avoir transité par l’école d’attelage du Haras national du Pin où il était finalement peu utilisé, ce tilbury rejoindra la Collection Hippomobile de Saumur.