Fumigation des véhicules hippomobiles : témoignage d’un référent patrimoine IFCE

Les véhicules hippomobiles stationnés à Vers-Pont-du-Gard (30) ont bénéficié d’un chantier de fumigation. Celui-ci rentre dans le cadre d’un programme d’actions engagé depuis 2017. Philippe Roche, référent patrimoine à l’IFCE, nous parle de cette opération d’envergure.

 

Philippe Roche, référent patrimoine de l’IFCE, lors du tournage de ViaOccitanie

– « Un chantier de fumigation des voitures hippomobiles a eu lieu du 16 au 21 juin 2020. Comment cette opération s’est-elle décidée ?

– Depuis le début du stockage des voitures, en provenance des sites Haras nationaux, à Vers-Pont-du-Gard en 2017, nous nous sommes aperçu que certaines voitures étaient infestées par des insectes xylophages. On pouvait voir d’importantes concentrations de sciure dans les voitures et à proximité. Afin de préserver ce patrimoine hippomobile, nous avons décidé d’étudier la faisabilité du traitement des insectes.

– Peux-tu rappeler l’historique de cette démarche inédite ?

– Dans un premier temps nous avons eu contact, sous les conseils de la DRAC (Direction Régionale des Affaires Culturelles) avec un biologiste, Fabien Fohrer, du CICRP (Centre Interdisciplinaire de Conservation et Restauration du Patrimoine). En juillet 2019, il effectue un diagnostic sanitaire entomologique sur la collection des 101 voitures hippomobiles présentes à Vers-Pont-du-Gard. Le diagnostic tombe : un peu moins de la moitié des véhicules présentent des traces probantes d’activités d’insectes xylophages. La désinsectisation de l’ensemble des voitures doit être envisagée.

Dans un second temps, nous avons fait appel à un prestataire spécialisé (entreprise ATH- Agro Techmo Hygiène) afin d’envisager le traitement possible, le plus pertinent et le coût d’une telle opération. Cette entreprise réalise le traitement d’objets patrimoniaux, d’œuvres d’arts, de bâtiments : musée d’Orsay, Château Grimaldi, Château d’Avignon, Fort Brégançon…

Le traitement adapté au traitement des voitures était la fumigation, c’est-à-dire le gazage de toute la collection. Les voitures (et les harnais) ont été placées dans une bulle hermétique de 1500 m3 !

 

Les véhicules placés sous bulle hermétique (c) IFCE

– Sur ce chantier de fumigation, quelles ont été les étapes préalables de préparation préconisées par le prestataire ?

– Les voitures étaient identifiées par puce électronique. Nous les avons contrôlées une à une.Nous avons également identifié tous les timons des voitures, ainsi que toutes les pièces annexes.Une telle opération a évité la perte des petites pièces et nous a facilité le rangement avec le chantier.

Ensuite, grâce au renfort de nos collègues référents patrimoine, la semaine du 8 juin, nous avons sorti chaque voiture du hangar pour les nettoyer. Gros boulot ! Il a fallu manœuvrer une à une les voitures, les nettoyer, les aspirer, les souffler, afin que la pénétration du gaz durant la fumigation soit optimale.

 

 

 

– Comment s’est déroulé le chantier ?

– La semaine du 15 juin, le début du travail a été de sortir toutes les voitures, soit 101 voitures à manipuler à quatre en une matinée. Nous avons commencé suffisamment tôt le matin pour pourvoir sortir le maximum de voitures et que les personnes de la société ATH puissent avoir de l’espace pour déployer leur bâche dans le hangar pour l’étanchéité du sol. Un vrai travail d’équipe ! Nous avions au préalable étendu des moquettes pour éviter la perforation des bâches lors de la manipulation des voitures. Ces moquettes ont été récupérées sur différents sites.

Ensuite, nous avons repositionné les voitures dans le hangar, avec pour priorité l’optimisation de la place pour que les effets de la fumigation sous la bulle soient optimaux. Lorsque nous avons ressorti les voitures après la fumigation, nous les avons remises dans le hangar par famille, avec des couloirs entre chaque rangée. Cela permettra de pouvoir contrôler et surveiller l’évolution de ces voitures par la suite.

Enfin, nous avons cousu 1000 m linéaire de tissu afin de protéger les voitures de l’humidité, tout en les laissant respirer. Coudre une telle quantité de tissu n’est pas une mince affaire ! Pour cela, avec mon apprentie sellier, nous avons assemblé le tissu à la machine à coudre durant trois jours. Un atelier de couture hors norme a été mis en place dans le paillé.

– Le traitement des insectes se fait-il à l’instant T ? Pourrait-on envisager un système de surveillance pour la suite ?

– Selon Monsieur Libourel, conservateur en chef honoraire du patrimoine, cette opération que nous avons conduite sur des voitures hippomobiles ne s’était jamais faite à l’échelle nationale. Nous avons donc été précurseurs dans le domaine.

Il y a des moyens de détection des insectes avec des capteurs pour les piéger et les identifier. Ceux-ci utilisent soit de la lumière, soit des phéromones pour veiller à ce que la population d’insectes n’augmente pas.

Mettre en place des moyens de détection pourrait être une deuxième phase du projet dans le cadre de la conservation des voitures. Il faudrait investir dans ces moyens de contrôle. La simple constatation de vermoulure au sol ne suffit pas, lorsqu’elle apparaît, il est déjà trop tard. Ce sera le seul moyen de se débarrasser de ces nuisibles qui infestent les voitures, pour certaines, depuis 150 ans !

– Des suites après cette opération ?

– Ce travail est le fruit de réflexions engagées depuis une dizaine d’année avec les référents patrimoines Haras nationaux de l’IFCE. Le projet attelage national porté par l’établissement a accéléré ce travail. Ce chantier est une première, il a permis de modéliser un procédé de préparation et de traitement. Cette première étape pourrait être le point de départ d’un travail à étendre vers les autres sites détenteurs de voitures hippomobiles Haras nationaux, travail que nous sommes en mesure d’accompagner ».

 

Revoir le reportage de ViaOccitanie avec Philippe Roche

 

Valoriser le patrimoine équestre français

Valoriser le patrimoine équestre est l’un des objectifs de l’Institut français du cheval et de l’équitation (IFCE). Héritier d’un patrimoine équestre unique, l’IFCE cultive et transmet, pour les générations futures, des savoirs et des savoir-faire d’exception. L’attelage et la sellerie sont perpétués sous la marque Haras nationaux. Le patrimoine matériel et immatériel de l’IFCE relatif à l’attelage fait l’objet d’un programme d’actions engagé depuis 2017. Ce traitement par fumigation marque une étape importante dans la préservation de ce patrimoine des Haras nationaux que détient l’IFCE.

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